[CR] Les OGM à l’épreuve des arguments

Compte-rendu de l’ouvrage de Sylvie Berthier et Valérie Péan. Les OGM à l’épreuve des arguments, Éditions QUAE, 2012

Une version longue de ce compte-rendu a été publiée dans : Natures Sciences Sociétés 21, 116-144 (2013)

Dans le cadre du travail de la Mission Agrobiosciences, les auteures rassemblent dans cet ouvrage un ensemble assez conséquent d’arguments, de controverses et de points de convergence à propos de la question des plantes génétiquement modifiés (PGM). Ce travail est issu d’une série de cinq demi-journées de débats réunissant un groupe représentatif d’acteurs engagés publiquement dans la controverse, des intervenants choisis selon la thématique de la séance (regards sociologique, scientifique, philosophique, juridique, économique et politique) et deux témoins chargés de ré-éclairer les échanges. Si les arguments exposés sont, pour la plupart, connus, la principale qualité de cet ouvrage est de les rassembler, de les expliciter et de les organiser avec un certain talent de la part des auteures ; leur intention étant de « donner à lire, non pas un état des lieux exhaustif ou les conclusions définitives d’un débat qui serait refermé, mais une matière à réflexion à l’intention de ceux qui cherchent à se construire une opinion ». De façon générale, nous pouvons dire que le pari est réussi. Au sein d’une grande diversité de points de vue, les auteures arrivent à faire émerger de façon assez claire quelques points fondamentaux du débat sur les OGM ; donnons quelques exemples : la problématique de la brevatibilité du vivant avec cette possibilité d’élaborer de nouvelles catégories du droit « pour éviter l’appropriation du vivant, à l’instar de ce qu’apporte le logiciel libre » ; la réflexion sur la place de l’agriculteur dans tous ces débats, son degrés de responsabilité et d’autonomie, les modèles agricoles qui canalisent ses choix techniques ; les limites des procédures actuelles d’évaluation, notamment la place du citoyen, de l’expertise et les liens avec la décision politique. Selon les auteures, pour sortir du blocage sur les OGM, « la résolution ne passera ni par la morale ni par la seule logique scientifique. Car, au fond, plus que la confrontation entre les défenseurs des OGM et leurs opposant, ce sont deux univers qui se télescopent : le scientifique et le politique ». Cette thèse principale est appuyée des intervenants comme D. Bourg pour qui il est absurde de se déterminer sur les OGM sans expliciter « le type d’agriculture que l’on souhaite promouvoir ainsi, le type de société dans lesquels ils s’inscrivent, le type de justice qu’il convient de mettre en place … ». Bien que la question des OGM révèle bien la difficulté à positionner le curseur entre sciences et politiques, elle ne peut s’y réduire. Nous devons également réfléchir aux conditions d’une démocratisation de la science elle-même car si la démarche de mettre les OGM à l’épreuve des arguments est certes nécessaire, elle n’est pas suffisante. Il s’agit aussi de mettre nos arguments, et les pensées épistémologiques qui les structurent, à l’épreuve des OGM. Autrement dit, pour que ces débats n’en restent pas aux stades de la querelle d’experts ou des procédures d’acceptabilité sociale, le concept de science et ses implicites (ex.: centralité du concept de risque, monisme épistémologique, neutralité axiologique, …) doivent être questionnés. Cet ouvrage, à certains égards, nous y invite.

P.S. : Compte-rendu paru dans l’Humanité du 19 juillet 2012

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