[CR] Le gène généreux. Pour un darwinisme coopératif

Compte-rendu de l’ouvrage de Joan Roughgarden. Le gène généreux. Pour un darwinisme coopératif, La Découverte, 2012

« Prenez deux rouges-gorges, un mâle et une femelle, qui construisent un nid ». Cette construction relève-t-elle de l’action d’un individu égoïste, raconte-t-elle l’histoire à succès de quelques gènes égoïstes ? Ou résulte-t-elle plutôt d’une relation de coopération entre le mâle et la femelle, une relation de confiance établie entre les deux oiseaux ? Face au point de vue individualiste développé par l’approche du « gène égoïste » de R. Dawkins, J. Roughgarden va s’attacher à développer de façon convaincue et convaincante un point vue coopératif sur l’évolution. Dans cet ouvrage, relevant de l’écologie comportementale évolutionnaire, l’auteur expose des hypothèses alternatives pour expliquer le comportement sexuel reproducteur. Classiquement, celui-ci relève de la théorie de la sélection sexuelle qui se base sur des normes de rôles sexuels héritées de la pensée de Darwin. On connait le fameux « choix femelle » illustré dans l’oeuvre de Darwin dans le cas de la paonne et du paon dont la belle traîne élaborée serait le résultat d’une évolution en réponse à ce choix femelle et constituerait donc un indicateur de bons gènes. A l’appui de travaux récents dans ce domaine, l’auteur démontre que ce genre de récit est très fragile. Ainsi, pour elle, la sélection sexuelle n’est même plus opérante pour les espèces d’animaux « dont on a toujours supposé qu’elles n’étaient non pas des exceptions, mais les véritables petites filles modèles de la sélection sexuelle ».

Elle nous invite à porter un autre regard sur le vivant, à d’adopter une autre posture. Sa théorie de la sélection sociale, qu’elle propose comme alternative à la sélection sexuelle, ne privilégie pas la concurrence comme principale dynamique de l’évolution. Elle offre un cadre théorique et méthodologique pour caractériser précisément et scientifiquement les mécanismes de coopération et le travail d’équipe qui opèrent dans le vivant ; avec des explorations théoriques très intéressantes notamment vers la théorie des jeux coopératifs appliquée au vivant. J. Roughgarden cherche à invalider cette « histoire à quatre sous », ce « vocabulaire de pacotille » qui considère que toute la vie animale tourne autour des mêmes opérations – mentir, tromper, voler – et que les écarts à cette norme ne seraient que des exceptions. Il ne s’agit pas de remettre en cause le fait établi que l’évolution se produit par la descendance avec modification à partir d’ancêtres communs, mais de critiquer la tendance normative qui consiste à caractériser la nature biologique comme une lutte pour la survie concurrentielle et égoïste. Selon elle, cette perspective ne produit pas une description correcte et une bonne explication de la nature biologique.

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