[CR] L’homme est radicalement bon, Patrick Fontaine

L’homme est radicalement bon, de Patrick Fontaine. L’Harmattan, collection «Nous, les sans-philosophie», 123 pages, 2013.

La présentation de la collection dans laquelle l’auteur signe son ouvrage donne le ton. «Plutôt que les propriétaires de la pensée, nous sommes les prolétaires de la théorie, en lutte avec la suffisance des maîtres-philosophes.  »

Le postulat d’un homme radicalement bon ne se confond pas avec une forme d’humanisme philosophique. La radicale bonté de l’homme n’est pas un nouvel absolu philosophique, elle est l’expression d’un choix non philosophique. Celui de penser l’identité de l’homme afin « de n’en rien perdre, de ne pas le vouloir meilleur, de ne pas le vouloir différent, de ne pas le vouloir sacrifié à la tradition, de le vouloir tel quel ». La militance de Fontaine, c’est de « placer l’homme tel quel ». Elle est une invitation à penser selon l’homme, depuis son exigence et avant sa qualification philosophique. L’homme bon, l’homme de la rue, cet anonyme non qualifié, inqualifiable, est la cause de toute pensée, finalement « ce qu’est l’homme sans le discours de la tradition ». Le radical de la pensée de Patrick Fontaine, cet homme ordinaire sans prédicat (Laruelle), est une forme de militance qui lui permet de penser la cité et ce qu’elle doit à l’homme. Selon Fontaine, « la militance construit une cité pour le citoyen, non pas une cité promise, mais une cité républicaine à l’intention de tout homme en tant qu’il est anonyme ». Contre toute qualification philosophique, la seule chose que l’on peut dire de l’identité de l’homme, selon Fontaine, c’est la bonté radicale. Et poser la bonté de l’homme, c’est pour « que nous reconnaissions cette possibilité de prendre soin de tout autre », l’Ami, celui dont on ne peut dire que l’identité radicale, indépendamment du réseau de présupposés qui le classe, le déclasse, le marque, le démarque, le qualifie, le disqualifie, le compte ou le laisse pour compte. L’Ami est cet Autre en tant qu’il a plus de valeur que moi. Selon Fontaine, personne n’est un problème, il n’y a que des identités « et c’est ce dont il faut prendre soin ». Ce que Fontaine appelle le « soin », c’est cette reconnaissance de l’insuffisance à dire l’identité de l’homme. La posture non traditionnelle de Fontaine est l’invention d’une axiomatique platonicienne qui fonde la nécessité du soin. La radicale bonté de l’homme en est la cause, et se formule dans des séries d’énoncés qui marquent les « droits militants de l’homme et du citoyen ». Parmi ces derniers, vous lirez par exemple « Ce n’est pas une cité si elle n’est pas pour tous », « l’homme d’abord, l’idée ensuite », « il n’y a aucune raison de désespérer de l’homme »… Chacun de ces énoncés est commenté par Fontaine et cela constitue une partie remarquable de l’ouvrage. Et l’auteur n’oublie pas de nous dire que ces énoncés ne prennent corps que s’ils sont relayés par le peuple. Ce livre, dont la lecture est tout aussi agréable que stimulante, peut donc aussi être lu comme une invitation militante, accompagnée en exergue de paroles de chansons, à inventer ensemble les conditions humaines de ce relais.

Léo Coutellec et Anne-Françoise Schmid

Paru dans l’Humanité, le 3 février 2014

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